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Sol invictus : Jésus est-il né le 25 décembre ?

AstresNet.org | dimanche 16 décembre 2007 | par Marc Cerbère


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A chaque année, invariablement, son 25 décembre. : Noël ou la Fête de la Nativité ou la naissance de Jésus.

Et pourtant. De l’astrologie, encore et toujours.

NOËL et ÉPIPHANIE [1]

Il est, à première vue, étonnant qu’une fête* liturgique de la naissance de Jésus ait été inconnue des chrétiens pendant les trois premiers siècles de l’Église antique : celle-ci n’a connu qu’une fête célébrant la mort et la résurrection* du Seigneur, l’observance du jour du Seigneur, et la Pâque* nouvelle. Ce n’est qu’au cours du IVe s. qu’on commence à célébrer la naissance de Jésus, mais sans que l’on puisse se fonder sur une datation fournie par la tradition : en Orient le 6 janvier, et en Occident le 25 décembre. Or, dans ces deux cas, c’est l’existence d’une fête païenne de début d’année et de changement de temps qui explique la fixation de la fête chrétienne. C’est donc la concurrence de cultes païens, et non la certitude que Jésus était bien né ce jour-là, qui fut la cause première des deux fêtes chrétiennes ; à des célébrations antiques de la « nouvelle lumière » les chrétiens ont apporté deux réponses, l’Épiphanie et Noël.

- 1° La fête de L’Épiphanie en Orient

L’existence, en Orient, d’une fête de la Lumière est ancienne : en 239 av. J.-C., le calendrier grec de Canope indique la célébration, au solstice d’hiver, d’une fête de « la lumière qui croît, de la naissance du Soleil ».

Etant donné le calcul alors approximatif du temps sidéral, et le fait que le problème délicat des années bissextiles n’était pas encore résolu, nous savons qu’au début de notre ère, sous le règne de Tibère, lorsque Jésus* naît, le solstice d’hiver est célébré à Alexandrie et dans tout le Proche-Orient, vers le 6 janvier du calendrier julien. A Alexandrie même, les Grecs célèbrent, la nuit du 5 au 6 janvier, la naissance du Temps, Aiôn, par une grande procession aux flambeaux, au temple appelé Korion ; ils chantent le cantique suivant : « La vierge a enfanté, la lumière augmente, la vierge a enfanté l’Aiôn ».

Mais, ce faisant, les Grecs n’ont fait qu’helléniser un vieux rituel d’Osiris* : son invention par Isis* avait permis le développement de tout un rituel solaire, qui célébrait la croissance de la lumière en même temps que la naissance du Temps nouveau, de l’Aiôn. Cette fête porte déjà le nom d’Epiphaneia. A leur tour les Gnostiques* vont reprendre ce schéma : les Naassènes proclament, comme les Grecs d’Alexandrie, que « la Vierge conçoit, porte dans son sein et enfante un fils, non pas charnel ou corporel » [Philosophoumèna, V, 8]. On croyait, en Égypte, que, ce jour du solstice où la lumière augmente, les eaux du Nil avaient un pouvoir magique particulier de guérison. Ce jour était plein de miracles : les sources déversaient du vin au lieu d’eau.

Il n’est sans doute pas sans intérêt de remarquer que lorsqu’une fête chrétienne apparaît à cette date, elle est désignée par quatre expressions qui se rattachent, assez précisément, à cette fête païenne dont la fête nouvelle entend être le substitut : c’est une fête des lumières, phôta ; c’est une théophaneia [mais le mot n’eut pas beaucoup de succès car il appartenait trop au culte païen de Delphes et au culte impérial], c’est une naissance, génethlia, et enfin, c’est une Epiphaneia, c’est-à-dire la manifestation de Dieu sur terre. Ainsi Grégoire de Nazianze écrit-il : « Le solstice vient le jour même où la vie divine se manifeste [épiphanie] aux hommes : tu vois grandir la lumière ; dis-toi que la parousie de la vraie lumière illumine le monde entier des rayons de la bonne nouvelle » [PG, 46, t I2g].

Dès son instauration, la fête chrétienne de l’Épiphanie célèbre essentiellement le baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain, première manifestation du Christ au monde, sur la terre, à quoi vient s’ajouter, sans doute au début du IVe s., la célébration de la naissance de jésus, célébrée dans la nuit qui précède, comme les Grecs célébraient la naissance de l’Aiôn. Nous possédons un papyrus, découvert en Égypte, et datant du début du me s., qui est le formulaire liturgique pour cet office de la naissance du Christ, dans la nuit du 5 au 6 janvier, et de son baptême ; les lectures scripturaires qu’il contient renferment le texte du récit de Noël selon Luc*, celui du baptême de Jésus, mais aussi celui des noces de Cana où, par son premier miracle, il change l’eau en vin et manifeste ainsi sa divinité ; enfin celui de la multiplication des pains.

Ces lectures répondaient en même temps à la vieille croyance païenne des miracles effectués ce jour-là. C’est enfin le thème de la naissance d’un enfant de lumière, schéma de toutes les fêtes païennes du solstice d’hiver, qui est au centre de la prophétie d’Isaïe* g, I-6 ; l’Épiphanie du Messie* où la lumière brille et où la joie éclate car « un enfant nous est né, un fils nous est donné ». C’est bien ce schéma rituel de la lumière et de la naissance d’un Dieu que l’on retrouve en Occident à la base de la fête de Noël.

- II. Fixation de Noël en Occident

La fixation au 25 décembre de la célébration de l’anniversaire de la naissance de Jésus s’est effectuée à Rome entre 325 et 354 de notre ère, c’est-à-dire après qu’une fête chrétienne de l’Épiphanie du Seigneur eut remplacé en Orient la vieille fête de la lumière.

La Depositio martyrum qui figure dans le calendrier romain de 354 atteste que le 8e jour précédant les kalendes de janvier, on célébrait à Rome la naissance de Sol Invictus et l’anniversaire de la naissance du Christ à Bethléem de Judée.

Or l’origine de cette Depositio martyrum remonte, sans doute, à 336 : la fête chrétienne de Noël aurait donc été célébrée à Rome dès la fin du règne de Constantin. Il faut en chercher les raisons. On sait l’importance de la réforme religieuse de l’empereur Aurélien, proclamant, en 274, le culte de Sol Invictus comme religion officielle dans tout l’empire romain, et se déclarant comme l’incarnation vivante du dieu Soleil : l’adoration hénothéiste du Soleil correspondait à l’unique puissance politique de l’Empereur auquel elle confère une sacralisation jamais atteinte.

On peut donc facilement comprendre combien une fête de la Nativité de Jésus devait constituer, dans cette mutation religieuse mais non politique du règne de Constantin, l’antithèse chrétienne à la fête païenne de la naissance du Soleil. D’autant plus qu’à la même date, les fidèles de Mithra* célébraient eux aussi la fête de la naissance de leur dieu, né de la pierre et porteur de la lumière nouvelle, genitor luminis. Ce soir du 24 décembre les mithraïstes, et bien d’autres qui les imitaient, allumaient des feux pour aider le soleil à monter plus haut au-dessus de l’horizon.

La conjonction du culte officiel de Sol Invictus et de la religion de Mithra* était particulièrement importante dans le milieu militaire et dans l’aristocratie romaine. Constantin, dans une visée autant politique que religieuse, a voulu réaliser une sorte de symbiose entre le culte officiel du Soleil, dans lequel il avait été élevé et dont il se disait le protégé, le culte de Mithra et le christianisme qui se présentait comme la religion de l’avenir : il se fait représenter sous la forme du Soleil ; il institue comme jour chômé obligatoire le dies solis, jour où les chrétiens célèbrent le Seigneur et qui deviendra le dimanche*, dominica dies ; c’est enfin sous son règne que la fête de Noël apparaît.

Il n’est pas exclu qu’à partir d’Aurélien le développement du culte solaire ait tendu à une sorte de synthèse avec les croyances chrétiennes. On sait l’importance dans la tradition chrétienne de la prophétie de Malachie [3, 20] désignant le Messie* à venir comme « Soleil de justice », ainsi que l’image employée par Zacharie, du Verbe Sauveur comme Soleil levant, qui sera reprise par Justin et Clément d’Alexandrie au IIe s.

On connaît la découverte archéologique du mausolée des Iulii, sous la basilique de Saint-Pierre, au Vatican, où le Christ est représenté, sur fond d’or, sous les traits du Soleil conduisant son quadrige. Comme le soleil naît et disparaît chaque jour, ainsi le Christ, lumière du monde, est né, est mort et ressuscité.

Toutes les prédications chrétiennes que nous avons conservées pour ce jour de Noël insistent sur le fait que « le Christ est notre nouveau Soleil » [Ambroise], et que l’astre que les païens vénèrent ce jour-là n’est qu’une simple créature de Dieu. Ainsi la fête chrétienne de la Nativité de Jésus se fonde-t-elle sur le double symbolisme du Soleil de justice promis par la prophétie de Malachie, et du Verbe Lumière du monde [Jn 8, Is] accomplissement de l’annonce d’Isaïe. Par là, la fête de Noël rejoint, en la dédoublant, la fête de la Lumière déjà célébrée par les Églises d’Orient. Rome, très vite, s’est efforcée d’imposer cette fête de la Nativité à tout l’Empire.

Les Églises d’Orient, déjà habituées à la fête de l’Épiphanie, résistèrent quelque temps, mais dès 386, à Antioche on célèbre, à la suite des efforts de jean Chrysostome, et Noël et l’Épiphanie. Sept ans plus tôt, en 379, Grégoire de Nazianze introduit la fête de Noël dans la capitale de l’Empire, à Constantinople : ses intentions théologiques ne font pas de doute, car il fut l’ardent défenseur, contre les Ariens*, de la divinité du Fils.

Ce n’est qu’a posteriori, et avec le désir d’imposer la célébration de la fête de Noël le 25 décembre, qu’on a tenté de justifier cette date pour célébrer la naissance de Jésus. Mais le fondement en est purement symbolique.

Dans un traité sur les solstices et les équinoxes - qui est peut-être l’oeuvre de Julius Africanus -, on trouve le raisonnement suivant : le Christ est le vrai soleil annoncé par les Prophètes. Il fallait donc que le premier mouvement de sa vie coïncide avec le sommet de l’année solaire. Jésus a donc été conçu le 25 mars, pour naître le 25 décembre.

On le voit, en célébrant au solstice d’hiver la Nativité de Jésus, les chrétiens n’entendaient pas célébrer un anniversaire historique. En fait, la Nativité récupère les valeurs de la fête païenne de la naissance du Soleil, et celle de Mithra, c’est-à-dire la célébration d’une nouvelle lumière, illuminant le monde par la manifestation du dieu, dont la venue sur terre se fait par l’incarnation*, donc par la naissance d’un Enfant-Dieu.

La sacralisation d’un temps nouveau, qu’à leur tour, et sous deux formes conjointes mais séparées dans le temps, célèbrent les chrétiens, est donc bien la véritable intention religieuse qui anime ces fêtes. Comme le dit Ambroise de Milan : « C’est à bon droit que le peuple appelle ce saint jour de la naissance du Seigneur, « le soleil nouveau ». Car avec l’apparition du Sauveur se renouvelle non seulement le salut de l’humanité mais aussi la clarté du soleil... De même que lors de la passion du Christ le soleil s’est obscurci, de même faut-il qu’à sa naissance il resplendisse plus éclatant qu’auparavant » [Sermon 6].

Ainsi Noël n’est pas l’anniversaire d’une date précise, mais la manifestation d’une réalité, l’Incarnation* sur terre du Fils de Dieu apportant aux hommes, avec l’espoir du salut, une Lumière nouvelle.

Marc Cerbère - ®AstresNet
dimanche 16 décembre 2007

Notes

[1] *. Sources : Dictionnaire des religions - P. POUPARD - Ed. PUF - Noël et Épiphanie - Pages 1201 à 1203


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